
Ma première expérience chez “les gens qui-sont-diplômés-pour-t’écouter” remonte à…longtemps, genre que je portais encore des pantalons informes et des cheveux dans la même tendance. Aussi, ce n’était pas mon choix mais celui des autres, à savoir mes professeurs du collège de la Sainte Bienséance de mon cul.
Après m’être faite qualifier d’ “impertinente” et de “nombril du monde” par le croulant de prof de latin/grec, il fut décidé par “l’ensemble du corps professoral” de m’envoyer consulter le spychologue de l’école. Ma maman et moi, déjà, on rigolait.
Parce que ma maman, elle savait bien que j’étais sans aucun doute impertinente, mais sûrement pas une grosse décérébrée à la ramasse, et que Mr le professorus Latinus n’était qu’un vieux frustré qui ne supportait pas le “tirage de langue dans le dos”.N’empêche, j’ai plié et je me suis retrouvée un après-midi en face du spychologue de l’école.
Alors…mmmh…que faisais-je là? J’en sais rien et je crois qu’elle a aussi très vite compris que je n’avais rien à y faire. Mais bon, on la payait bien pour quelque chose cette madame. Conclusion de l’entretien : ” L’élève présente un échec en mathématiques sans doute causé par sa relation houleuse avec son père, les mathématiques représentant l’autorité paternelle”.
J’ai pas voulu la faire chier en lui disant que c’était ptêt tout simplement parce que j’avais sauté une année complète de maths quelques années auparavant. J’aurais pas voulu qu’elle remette en question toute la science acquise lors des longues années d’étude lui ayant permis de se dire grande prêtresse du cervelet émotionnel humain.Elle ne m’a plus jamais revue et d’ailleurs j’ai changé d’école.
Donc, je crois que vous avez mon avis sur la psychologie, non ?
Avec ma grande carapace protective de fouteuse de gueule, j’ai toujours considéré les gens qui “voient quelqu’un” (comme dit Gad) avec un peu de mépris, une légère honte pour ceux qui se sentent obligés d’exposer leurs problèmes à un inconnu en espérant obtenir la réponse à je ne sais quoi (Ou vais-je? Qui suis-je? Que fais-je? J’ai déjà ma réponse : Je vais m’acheter un verre, je suis une connasse, je fais des conneries). Moi, j’étais très bien avec mes ptits problèmes enfermés dans des ptites boîtes elles aussi cadenassées quelque part dans mon ptit cerveau. J’avais même bien éteint la lumière pour pas les retrouver les boîtes. Et puis, même si je savais qu’elles étaient là, dans le noir, il y a des grandes chances que tu passes à côté sans les voir.Aussi, tu peux écrire un blog et vomir ta bile mentale sans conséquences ou presque. Tout ça me convenait très bien.
Après, il y a un truc qui se passe, un mini-truc tout con.Tu devrais déjà l’avoir oublié vu que t’en as vu d’autres et que franchement, tu le sais, c’est bête, c’est ridicule, c’est insignifiant. Et t’arrives pas, ça trotte, ça te rend folle, t’en dors plus, la seule chose que tu bouffes c’est tes ongles, t’as des larmes qui viennent devant une plante en pot. Et là, tu vois qu’en fait, le mini truc a fait ricochet sur une de tes boîtes et qu’il a fait sauter le cadenas, t’explosant à la tête ce qu’il était hors de question de remettre sur le tapis…
Après, éventuellement, toute tassée dans ton siège, ta fierté ravalée en boule dans l’estomac et les yeux cachés sous ta méga frange que t’as laissée pousser pour l’occase, tu te retrouves devant une madame qui fait : “Bonjour, je vous écoute?”
Humilité mon amour…